Le "droit à l'oubli numérique" s'oppose-t'il à l'augmentation de notre intelligence ?

Il y a quelques mois, le "droit à l'oubli numérique" avait une certaine vogue en France. Le scénario catastrophe serait par exemple: à 20 ans, Perrin, étudiant, participe à une fête de fin d'année un peu arrosée. Quelqu'un(e) prend une photo à l'occasion et la poste sur une page Facebook. Cinq ans plus tard, Perrin, en recherche d'emploi, a oublié la soirée en question, mais pas le recruteur qui a retrouvé la page en faisant une recherche sur le web. Notre candidat malheureux se retrouve recalé, et il le sera encore et encore, lui qui n'a rien fait de pire qu'un autre, simplement été un peu plus malchanceux. Le pauvre Perrin, sera marqué à vie par cette tâche indélébile dans la mémoire indestructible, mais déformante, d'Internet. Je ne sais pas si les modalités pratiques d'un droit à l'oubli sont simples ou compliquées à mettre en oeuvre. Sans doute simples dans le principe et difficiles dans le détail. Quoi qu'il en soit, cela m'a amené à m'interroger: y-a-t'il des pages que j'ai posté sur Internet que je pourrais avoir envie d'enlever ? (Et vous ?) Par exemple, j'ai écrit une page vers 1995: "fight copyright" (battez-vous contre le copyright). Il s'agissait de la liste des pays qui (à l'époque) n'avait pas signé la convention de Berne. Ironiquement, je n'arrive pas à retrouver la page aujourd'hui, pourtant elle a bien [http://web.archive.org/web/20021217225647/www.tronche.com/misc/copyright/ existé]. Aujourd'hui, mes vues sur la question ont changé. Je ne suis toujours pas un grand fan de la mal nommée propriété intellectuelle, mais je connais, par exemple, que le copyright est le fondement juridique de la [http://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_publique_g%C3%A9n%C3%A9rale_GNU GPL] et des licences [http://fr.creativecommons.org/ creative commons], ou un régime de protection plus adapté au logiciel que ne le sont les [http://swpat.tronche.com/story/146-berkeley-patent-survey-patents-unimportant-providing-competitive-advantage-software-compan brevets]. Et maintenant la question: faut-il détruire la page en question ou simplement reconnaître que les opinions, les comportements changent au cours de la vie. Si vous embauchez quelqu'un pour un poste "senior", sans doute n'auriez-vous pas engagé la même personne lorsqu'elle était "junior". Pourtant, on ne peut lui faire grief d'avoir été junior un jour ! Que faut-il réclamer: le droit à l'oubli, ou un effort pédagogique pour que nous apprenions tous à traiter avec maturité les bribes d'informations trouvées sur Internet ? On peut toujours oser...